C’est le titre d’un article du magazine Stratégies du mois d’octobre. Stratégies ? Mais si, vous savez, le magazine préféré des communicants, qui vous coûte un bras (5€80 pour 47 pages, ils y vont pas avec le dos de la cuillère).
Bref, toujours est-il que je ne peux pas m’empêcher de sourire quand je lis ces quelques mots et avant même d’avoir lu le reste de l’article. Très franchement, l’homme du présent est, à mon goût, déjà un hyper-Narcisse. Une chose est sûre, pour moi, il n’y a pas plus narcissique que l’Homme d’aujourd’hui. Il n’y a qu’à se montrer un peu observatrice et beaucoup auto-critique. A part se regarder le nombril, certaines personnes ne sont pas douées pour grand chose. Vous en avez au moins tous un dans votre entourage (si vous en avez plusieurs… fuyez !) : ces gens à qui il ne faut surtout jamais demander “comment ça va?”, parce que sinon ils nous le font regretter pendant des heures. Personnellement ces personnes là me font devenir détestable voire à la limite du sympathique.
Mais en même temps je fais aussi partie de ces gens, parce que finalement, mon blog c’est quand même vachement centré sur mon nombril ! Finalement, à tout faire pour ne pas paraître narcissique, on le devient. Je ne parle jamais des choses profondes qui me touchent, à personne, et quand j’ose parfois le faire, c’est presque en m’excusant. Je n’aime pas trop parler de moi, alors je parle des gens qui m’entourent, de ma famille, des amis, mais pas vraiment de qui je suis. Je joue sur les apparences, m’adapte aux personnes que j’ai en face de moi, pour ne pas être cernée par les gens que je rencontre, parce que ça me fait chier que quelqu’un puisse lire en moi comme dans un livre ouvert. Bref, je fais tout, pendant toute la journée pour que rien ne transparaisse sur quoi que ce soit, et logique des choses oblige, le soir en rentrant chez moi, je m’étale sur mon blog (summum du narcissisme Web 2.0) et on peut y lire en moi comme dans un livre un post ouvert.
Et en lisant les premières lignes de l’article, mon idée se confirme : nous sommes cernés par les hyper-Narcisses “Pourquoi nous habillons-nous ? Pourquoi portons-nous toujours des masques, au moins de comportement ? Pourquoi cette distance constante entre ce que nous sommes et ne dominons pas, et comment nous paraissons ou comment, plutôt, nous désirons apparaître et que nous cherchons à maîtriser ? De cet écart, de ce supplément, de ce déficit naît la conscience de soi d’où découle l’universalité du cosmétique.” (Michel Serres)







On dirait bien que cela fait des années que nos sociétés occidentales subissent cette transformation. De façon assez naïve, je pensais que des réseaux comme Facebook ou Twitter, hauts lieux de l’affirmation de soi et du narcissisme - et nous avons un ou deux très beaux spécimens dans nos contacts communs, n’est-ce pas - allaient néanmoins apporter quelque chose de nouveau, comme une augmentation des liens sociaux, quelque chose d’un peu plus … fraternel, social, quoi.
Or, c’est tout le contraire. Ces réseaux “sociaux” ne sont que des vitrines de promotion d’une certaine partie de l’égo (professionnel, personnel, physique, politique), et les profils Facebook sont autant d’égos diffus, sans aucun sens commun. Je dis cela, mais j’en suis !
Aujourd’hui, on prierait presque pour que les gens qu’on croise dans la rue soient obligés d’être aussi concis que sur Twitter quand on leur pose la question “comment ça va ?”. Hélas, paradoxalement, alors qu’on demande de parler peu sur ce genre de plateforme, on a l’impression que les gens ont tout le temps besoin de parler, de se confier, de raconter … alors qu’ils le font en grande partie sur ces réseaux. Ca rassure dans un sens, ça veut dire qu’on n’a pas franchi certaines barrières de l’intime.